Suite à sa prestation remarquée à la mostra de Venise, on attendait beaucoup du Joker de Todd Phillips, et c’est peu dire…. Après les derniers films DC de la Warner Bros terriblement décevants (Suicide Squad, Justice League) et d’autres poussifs (Aquaman, Wonder Woman, Shazam), le studio américain cherchait un nouveau souffle dans son univers super-héroïque. Critique garantie sans spoil ! 

Un « petit » blockbuster pour les grands

Avec un budget de « seulement » 55 millions de dollars (hors marketing), Joker fait clairement figure de petit dans l’industrie du blockbuster où les derniers films estampillés DC dépassaient largement les 100 millions de dollars de budget. Et ce n’est pas un blockbuster comme les autres : pas d’effets spéciaux démesurés, pas de pyrotechnie à tout va, Joker de Todd Phillips, est un film d’auteur, avec un scénario travaillé et un personnage principal profond.

Il faut dire quand même qu’on ne l’a pas trop vu venir : Todd Phillips n’est clairement pas un réalisateur qu’on attendait à ce niveau. Il a réalisé la saga des Very Bad Trip et plus récemment War Dogs avec Jonah Hill et Milles Teller mais rien qui ne s’approche d’un tel film.

Pour la petite histoire, c’est lui-même qui est venu voir la Warner avec son idée du Joker et a réussi à convaincre les studios et d’autres producteurs (la société de production de Martin Scorsese notamment) de faire ce film. Et qui de mieux que Joaquin Phoenix pour interpréter le rôle-titre ?

Un personnage torturé

Joaquin Phoenix livre une prestation que j’ai trouvé époustouflante. Il est jusqu’ici la représentation la plus proche du Joker des comics que j’ai pu voir à l’écran. Son rire, son allure, son physique squelettique, tout est réuni pour s’immerger complétement dans la profondeur du personnage.
Il s’agit donc de la vie d’Arthur Fleck, un clown qui tente de survivre dans une ville gangrénée par la corruption et le crime, celui-là même qui deviendra le futur prince du crime de Gotham. Le développement du personnage est plutôt lent mais bien amené : un homme qui est atteint d’une maladie mentale qui lui provoque des rires incontrôlables sombre peu à peu dans la folie suite à plusieurs évènements tragiques. C’est là tout le cœur du film, durant toute l’intrigue, il est toujours à la limite de sombrer à chacun des rebondissements mais certains éléments le rattachent à la réalité (sa famille, son travail) jusqu’à l’acte qui lui fait franchir la ligne rouge.

« Il suffit d’une seule mauvaise journée pour réduire l’homme le plus sain
d’esprit du monde à la folie… » Batman, The Killing Joke

Le rapport à la réalité

Les premières critiques (avant même que le film ne soient sorti !) concernant Joker furent qu’il faisait l’apologie de la violence. Et les américains craignaient même une recrudescence des actes de violence à la suite de la sortie du film. Finalement, le film est certes violent (déconseillé aux moins de 13 ans) mais ne correspond pas à la vision étriquée (et très hypocrites) des critiques américaines. Au contraire, par certains aspects, on aurait presque tendance à avoir pitié de ce pauvre Arthur, balloté par la vie, et profondément ancré dans une réalité qui nous est très familière. De ce fait, ce n’est clairement pas un film de super-héros (ou de super-vilain) à proprement parler. Il est tout de même rattaché à la mythologie Batman par certaines allusions dans le film mais ce film est et existe seul, sans avoir besoin de s’inscrire dans une continuité comme chez Marvel. Mais toutes les scènes à l’écran sont-elles réelles ou est-ce le fruit de l’imagination d’Arthur Fleck ? Je vous laisse aller le voir pour vous faire une idée.

Un Joaquin Phoenix au sommet de son art, le sourire retrouvé du studio Warner après plusieurs échecs cuisants au box-office super-héro, et un scénario fin pleins de rebondissement, Joker a tout du gros succès de cette fin d’année ! On espère que ce genre d’initiative donnera d’autres idées de films plus axés « films d’auteur » où la créativité du réalisateur n’est pas bridée ! A voir très vite !