La vie scolaire : l’anti-blockbuster sur la banlieue

« Si je rends hommage à ces lieux, à chaque expiration, c’est que c’est ici que j’ai puisé toute mon inspiration » chante Grand Corps Malade dans « Je viens de là » issue BO de La Vie Scolaire. Ces quelques mots décrivent avec beaucoup de justesse ce qui fait le cœur du film de Mehdi Idir et du slameur français. Il s’agit de leur deuxième film après « Patients » sorti en 2016.

Dans ce film, nous suivons Samia, jeune conseillère principale d’éducation et interprétée par la très juste Zita Hanrot. Elle commence sa première année de carrière dans une collège en ZEP, dans le quartier des Francs-Moisins à Saint-Denis.

On découvre avec elle un collège difficile, où les problèmes de discipline sont nombreux, où la pauvreté est parfois criante. Mais on aperçoit aussi l’humour des élèves et la relation qu’ils entretiennent avec l’équipe pédagogique du collège.

Un film plein de nuances

Rarement un film sur la banlieue m’a paru aussi juste. On est loin des clichés racontés dans les dernières films à gros budget qui traitent du même sujet (Jusqu’ici tout va bien, pour ne citer que lui).

Cela peut s’expliquer par plusieurs choses : tout d’abord, le casting. Hormis Zita Hanrot et Alban Ivanov, on retrouve peu de têtes connues et pour cause, la majorité du casting a été trouvé sur place à Saint-Denis. On sent la volonté de donner une touche très réaliste au film mais aussi d’apporter de la nuance. Le jeune Liam Pierron symbolise bien ce casting, lui qui interprète Yanis, un des jeunes que la CPE suit de près. Ses échanges avec les autres personnages sont souvent très fins, les dialogues sont bien écrits et la prestation des élèves est très convaincante (mention spéciale à ce jeune garçon à qui on a « volé sa gomme »).

Cette réussite s’explique aussi par la profondeur du scénario. Au travers des galères des élèves mais aussi des professeurs, on aperçoit en filigrane une réflexion sur l’adéquation entre le système éducatif et les élèves de banlieue. Que faire lorsque le système ne convient ni aux élèves ni aux professeurs ? Comment former certains jeunes dont la préoccupation principale est de savoir s’ils auront à manger le soir en rentrant chez eux ?

Mehdi Idir et Grand Corps Malade ne nous envoient ni un grand message d’espoir cliché sur les bienfaits de la banlieue ni une condamnation à la misère. Il n’y a ni solution miracle, ni destin tragique. Seulement une réflexion pragmatique et réaliste sur un fond d’humour bien dosé.

Succès auprès du grand public et de la critique

Dans un paysage cinématographique français où le genre comique commence à devenir très stéréotypé, La Vie Scolaire, par son genre de comédie sociale, détonne. Sa capacité à jongler entre des sujets plutôt légers et des sujets très graves a visiblement conquis le public puisque le film a dépassé le million d’entrée après sa 3ème semaine d’exploitation seulement.

La touche « old school » de la BO aura certainement plu aux plus anciens (Shurik’n, Doc Gynéco, Stevie Wonder) et les références culturelles du film aux plus jeunes.

La Vie Scolaire est un film d’une très grande justesse sur la banlieue et l’école de la république. Mehdi Idir et Grand Corps Malade réussissent à nous émouvoir sans tomber dans le pathos et à nous faire réfléchir sans tomber dans les clichés. A voir de toute urgence !