En mars 2019, The Walt Disney Company rachetait la 21th Century Fox pour un montant avoisinant les 70 milliards de dollars, cette acquisition venant compléter un portefeuille déjà bien fourni. Ce dernier contient les studios Marvel, Pixar ou encore Lucasfilms qui produisent une grosse partie des blockbusters du cinéma. Outre la profondeur de catalogue que récupère Disney (Alien, Kingsman, Avatar, les X-Men, Deadpool,…), c’est surtout une force de production supplémentaire qui se retrouve aux mains de la firme estampillée Mickey. Sa puissance sur le marché du cinéma est incontestable.

Et pour cause, en 2019, Disney a produit (ou co-produit) les 6 films ayant dépassé le milliard de dollars au Box-Office mondial (Avengers :Endgame, Le Roi Lion, Captain Marvel, Spider-man :Far From Home, Toy Story 4, Aladdin). À l’inverse, le reste des franchises très « bankable » jusqu’alors, s’essouffle depuis quelques années. La raison ? Des échecs cuisants au Box-Office américain et mondial.

Un système à bout de souffle ?

Aujourd’hui les grands studios de productions hollywoodiens misent tout sur un ou deux super-production(s) par an – des « tentpoles », littéralement « piquets de tentes » – pour essayer d’assurer une grande rentabilité aux actionnaires. Mais il s’agit de paris risqués : soit le film marche et le studio gagne beaucoup d’argent, soit c’est un échec et le studio doit éponger des pertes financières abyssales. Le meilleur exemple de 2019 est certainement Hellboy, réalisé par Neil Marshall dont le budget avoisine les 85 millions de dollars et n’a rapporté qu’un petit 45 millions de dollars.

Cela traduit plusieurs choses : les spectateurs en ont marre des franchises à base de remake-reboot recyclés des décennies passées (sauf quand il s’agit de Disney bizarrement). Mais surtout le système de production tel qu’il est aujourd’hui met en danger l’industrie du cinéma et la création artistique. Il n’y a plus de milieux entre le petit cinéma indépendant et les gros blockbusters, là où on pouvait trouver des films à budget et succès modérés. Certains studios sont obligés de s’assurer de la rentabilité de leurs films parfois au détriment de la créativité de leur réalisateur (Justice League, réalisé par Zack Snyder et produit par la Warner en est un très bon exemple). Bref, le modèle s’essouffle sauf pour la firme aux grandes oreilles – pour le moment.

Quel avenir pour le cinéma ?

Alors que faire face à la toute-puissance de Disney ? Des films indépendants tiennent la barre sur certains marchés (comme en France), notamment la palme d’or 2019 Parasite, ou encore le film indé gros budget de Quentin Tarantino Once Upon a Time in Hollywood. Mais Disney est incontestablement en train de tuer la concurrence à petit feu. Selon Box Office Mojo, Disney représenterait pas moins de 30% des parts de marchés du cinéma américain (marché qui donne souvent la tendance à l’international ensuite).

Si les studios ne trouvent pas vite un moyen de s’adapter à cette nouvelle tendance du public et du marché, force est de constater qu’ils sont condamnés à disparaître, en tout cas sous leur forme actuelle. Espérons simplement que l’hégémonie de Disney ne causera pas la perte du cinéma qu’il tente à tout prix conquérir. 

La toute-puissance de Disney n’a pour l’instant pas de concurrence assez forte pour être destabilisée et le système favorise des “all-in” sur un ou deux films quitte à risquer la catastrophe économique.

Le cinéma indépendant, lui, n’est pas mort, et a certainement de beaux jours devant lui mais aucun voie médiane ne semble être possible à l’heure actuelle.